Lettre au Commandant du 1 GPRC concernant la visite de l’Oombudsman au 1 GPRC

Le 12 mai 2016

Major Craig Volstad
Commandant
1er Groupe de patrouille des Rangers canadiens
C.P. 6666, succursale Main
Yellowknife (T.N.-O.)
X1A 2R3

 

Major Volstad,

J’aimerais vous remercier personnellement, ainsi que l’adjudant-chef André Lavallée, pour l’hospitalité, l’ouverture et l’accès dont nous avons pu jouir, mon personnel et moi, lors de notre visite. Merci d’avoir coordonné les visites aux patrouilles de Gamètì et de Behchoko.

Par la présente, j’aimerais faire un suivi de notre visite au 1er Groupe de patrouilles des Rangers canadiens (1 GPRC) Yellowknife, du 11 au 15 avril 2016.Lors de cette visite, mon personnel et moi avons été ravis de faire la rencontre et d’écouter les préoccupations et commentaires positifs du personnel militaire, spécialement les Rangers canadiens (RC), des employés civils et des familles de militaires faisant partie de votre groupe. Nous avons recueilli de l’information importante sur le travail et la vie au nord du 60e parallèle et des difficultés particulières qui en découlent.

La présente vise à souligner certaines préoccupations dont on nous a fait part lors de notre visite. Je suis conscient que vous et votre personnel êtes au courant de ces problèmes, mais j’ai quand même cru bon de les détailler ici et de vous offrir mon aide si jamais vous souhaitez faire le suivi de l’un ou l’autre de ces sujets. Je crois fermement que la collaboration et l’échange de pratiques exemplaires mènent à des changements positifs et durables.

Pour ma visite à Yellowknife, j’étais très enthousiaste de la possibilité d’en apprendre davantage sur les Rangers canadiens, qui font partie de mes commettants et que je n’avais pas encore eu la chance de rencontrer depuis le début de mon mandat. Lors de ma visite de votre site et de deux des 60 patrouilles dont vous êtes responsable, j’ai clairement constaté que nos Rangers canadiens sont de fiers membres des Forces armées canadiennes (FAC) et sont ravis d’étaler leurs connaissances les difficultés et beautés de leur territoire et d’offrir leur aide de quelque façon que ce soit.

Le nombre de responsabilités qui incombent au 1 GPRC est pour le moins impressionnant : 60 patrouilles (pour un total de 1 750 Rangers) couvrent 40 % de la superficie du pays et dirigent 1 600 Rangers juniors canadiens (RJC). Pour soutenir les deux programmes, vous avez en place du personnel dévoué qui, malgré tous ses efforts, peine à accomplir les tâches mandatées, sans compter les nouvelles exigences de soutenabilité à long terme. J’ai été surpris d’apprendre que le ratio instructeur/ Rangers canadiens est 1/175 et que votre unité se situe au niveau inférieur de priorité de dotation (priorité 6).

J’aimerais mettre l’accent sur les enjeux qui sont propres au QG 1 GPRC et à ses patrouilles. Les thèmes récurrents mentionnés par le personnel lors des rencontres tenues à Yellowknife sont le logement, les services de garde et le rejet des demandes d’entreposage à long terme, qui fait partie des indemnités de réinstallation prévues. Les préoccupations liées à la politique des rentiers de la Réserve, à la solde et aux avantages sociaux ont été soumises au commandant de la Force interarmées opérationnelle (Nord).

Réalités du 1 GPRC

Lors de notre visite, vous nous avez présenté votre personnel, qui compte actuellement 52 personnes, et avez mentionné la nécessité d’augmenter ce nombre à au moins 80, voire 100 personnes, afin de pouvoir envisager avec réalisme de satisfaire aux exigences de votre mandat. Pour la suite de mon examen des Rangers canadiens, je me pencherai sur le ratio instructeur/Rangers canadiens dans tous les GPRC. Avec le personnel que vous avez actuellement, vous avez dit être en mesure d’effectuer environ 180 des 300 activités prescrites chaque année.

L’isolement des collectivités où se trouvent vos 60 patrouilles est évident et vous êtes clairement au fait des efforts, du temps et de la coordination requis. Par ailleurs, la communication est une difficulté omniprésente. Les Rangers canadiens dans les Territoires-du-Nord-Ouest parlent 11 langues officielles, sans compter les autres dialectes utilisées dans les collectivités. La connaissance de l’anglais varie d’un Ranger à l’autre. Sur le plan technique, certaines collectivités peuvent seulement communiquer par télécopieur, quand les télécopieurs fonctionnent. Le fait est qu’il n’y a aucune méthode centralisée pour joindre chacune des collectivités, situation à laquelle votre personnel est chaque jour confronté.

Sujets/enjeux importants pour les Rangers canadiens

Dans les deux patrouilles de RC que nous avons visitées, les membres ont dit qu’ils aimeraient avoir davantage d’activités axées sur le maintien de leurs compétences de patrouille hivernales et estivales. Ils ont notamment mentionné l’entraînement en mécanique de motoneige, en utilisation d’outils et en cas d’écrasement d’hélicoptère. J’ai été heureux d’apprendre que vous consultez vos patrouilles et sollicitez la collaboration des instructeurs de Rangers canadiens pour planifier et organiser l’entraînement, en fonction des besoins des RC.

Dans de nombreux échanges avec les RC, on nous a dit que les politiques du « sud » ne peuvent s’appliquer de façon réaliste dans le Nord, ce qui constitue un problème. Il peut s’agir des délais dans le remboursement de dépenses, des vérifications de sécurité ou des autorisations d’utiliser les champs de tir. Un problème récurrent que je réitère et que je vais porter à l’attention des responsables des politiques est la nécessité de tenir compte de toutes les classes et composantes de la Réserve dans les politiques des FAC.

Les Rangers ont aussi soulevé le fait qu’ils n’ont pas leur carte d’identification des Forces armées canadiennes. Seuls 5 % des membres du 1 GPRC en possèdent une. Pour eux, cette carte n’est pas seulement une pièce d’identité, mais aussi quelque chose qui leur apporte de la fierté, un rappel de leur contribution quotidienne à l’ensemble des FAC.

La méthode actuelle pour distribuer la solde est le chèque ou le dépôt direct. Ces méthodes peuvent sembler adéquates pour les employés fédéraux, mais elles posent problème aux RC. En effet, certains partagent le même nom et les mêmes initiales ou ont plus d’un numéro matricule. Cela engendre des erreurs difficiles à corriger. On nous a dit que le retrait du paiement de la solde en argent comptant affecte le recrutement de nouveaux RC. Dans les collectivités isolées, le paiement par chèque est une contrainte importante qui peut décourager certains candidats qui songent à devenir membres des RC.

Même s’ils sont considérés autosuffisants à l’enrôlement, les membres du 1 GPRC font face à la dure réalité de la hausse des prix de l’équipement dont ils ont besoin pour vivre et travailler dans le Nord et à des endroits reculés (motoneiges et VTT). Il n’est pas surprenant que de nombreux Rangers ont dit devoir emprunter une motoneige pour patrouiller, car ils sont incapables d’en acheter une.

Les Rangers canadiens qui utilisent leur propre motoneige ou VTT lors des patrouilles et des exercices sont indemnisés d’après le taux d’utilisation de l’équipement (TUE), conformément à l’Ordonnance du Commandement de la Force terrestre 11‑99, publiée en 2011.Lors des deux assemblées publiques, les Rangers ont indiqué que les taux ne sont plus suffisants, au vu des coûts réels. Par exemple, une courroie de motoneige coûte 150 $, tandis que le TUE quotidien est 200 $. Vous avez mentionné qu’une demande de hausse du TUE à 250 $ a été faite. Je demanderai à mon personnel d’assurer le suivi de ce dossier.

Les délais dans le remboursement de l’équipement endommagé ont une incidence importante sur toute la collectivité. Quand la motoneige d’un Ranger est endommagée en permanence, il ou elle ne peu plus vérifier ses pièges, ni aller à la pêche où à la chasse. En conséquence, un délai de deux à trois mois pour le remboursement a un impact énorme sur la vie quotidienne du Ranger et de sa famille.

Les deux patrouilles que nous avons visitées ont dit vouloir lancer un programme des Rangers juniors canadiens (RJC) dans leur collectivité. Vous avez mentionné qu’il est difficile d’amener les adultes à soutenir le programme dans les collectivités, puisque 70 % des patrouilles n’ont pas un comité d’adultes pour les RJC. Durant votre visite des patrouilles, vous avez informé les RC des étapes requises pour démarrer le programme et avez dit travailler avec les instructeurs des Rangers pour faire avancer ce projet. Vous encouragez les RC à faire participer les jeunes à leurs réunions même si aucun programme des RJC n’est en place.  Dans l’état actuel de votre organisation, vous n’avez pas les ressources nécessaires pour étendre le programme des RJC, malgré l’intérêt grandissant.

En général, nous avons noté trois sources d’insatisfaction en lien avec les ressources limitées dont dispose le QG 1 GPRC, en plus de la bureaucratie :

  • Pour les Ranges canadiens, comme pour tout membre des Forces canadiennes, les années de service sont une source de fierté. Nous avons parlé à des Rangers qui attendent leur Décoration des Forces canadiennes (CD) or leur Médaille du service spécial (MSS) avec barrette « Ranger ».  Ces délais sont une source d’insatisfaction.
  • Autre problème entendu chez les deux patrouilles : les délais pour la distribution des manteaux d’hiver des Rangers.
  • Le concours de tir lors duquel le meilleur tireur reçoit l’insigne des carabines croisées est très important et constitue une grande source de motivation au sein des collectivités. L’incapacité de l’organiser une fois l’an a été soulevée comme une préoccupation.

Actuellement, l’instruction des Rangers canadiens est optionnelle. On a discuté de la possibilité de la rendre obligatoire dans les patrouilles, mais il n’y a pas de consensus pour le moment. J’aimerais connaître les commentaires que vous avez recueillis auprès des finissants du cours pilote d’endoctrinement élémentaire militaire pour les Rangers canadiens (CEEMRC), qui a eu lieu à Farnham (Québec).

J’ai été heureux d’apprendre que les Rangers canadiens et les instructeurs des Rangers canadiens sont au fait des exigences de signalement des blessures et des différents formulaires servant à documenter les blessures.

Instructeurs des RC

Autre préoccupation soulevée : la préparation inadéquate des membres des FAC avant d’assumer le rôle d’instructeur des RC. La préparation requise est liée à l’étendue des responsabilités, aux réalités et difficultés dans plusieurs collectivités et au poids des responsabilités chez les instructeurs de nombreuses patrouilles. Le personnel a mentionné à quel point il est difficile pour un instructeur des RC de revenir à Yellowknife et de n’avoir personne à qui parler de ce dont il a été témoin. Je suis heureux de savoir que le travailleur social du Centre de ressources pour les familles des militaires est au courant de cette réalité et offre des séances de suivi au retour d’une patrouille difficile. Il faut soutenir les instructeurs.

Les instructeurs des RC s’absentent de chez eux davantage que lorsqu’ils étaient dans des unités de combat. Certains s’absentent 135 jours par année. Une affectation à Yellowknife est définitivement un poste à rythme élevé, contrairement à ce que certaines familles croyaient. Un militaire qui passe deux jours chez lui et repart aussitôt, ce n’est pas ce à quoi la majorité des conjoints s’attendaient.

À partir des questions et enjeux qui sont ressortis de ma visite, j’ai demandé à mon personnel de se pencher sur les sujets suivants :

  • Les facteurs servant à déterminer si un poste est sujet à l’indemnité de mission terrestre (IMT) et leur applicabilité à certains postes du 1 GPRC;
  • Les classes de service de la Réserve dans lesquelles sont employés les Rangers canadiens et les instructeurs des Rangers canadiens dans un contexte d’entraînement et d’opérations telles que l’Op NANOOK, en comparaison avec d’autres affectations de la Réserve pour les mêmes exercices;
  • La façon dont l’échelle salariale des Rangers canadiens (soldat [formé]) a été déterminée et l’existence de plans de révision

En conclusion, je tiens encore une fois à vous remercier, ainsi que votre personnel, pour son aide dans l’organisation et l’exécution d’une excellente visite de prise de contact avec nos clients. Cette visite m’a permis d’avoir une vue d’ensemble des différents besoins des Rangers canadiens du 1 GPRC et de réitérer qu’il faut absolument faire des consultations et envisager des accommodements lorsqu’on détermine les politiques et services des Forces armées canadiennes.  Vous avez souligné la nécessité d’une présence et d’interactions accrues afin d’établir et d’entretenir des relations, avec le sud du pays, mais aussi avec les 60 patrouilles que vous commandez. À la lumière de cette visite, il est clair qu’un réexamen est requis avant toute modification du Programme des Rangers canadiens.

 

Cordialement,

Gary Walbourne
Ombudsman

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